Pour commencer, on va distinguer la diduction (latero-flexion de mâchoire) et ce que les cavaliers appellent la cession de mâchoire. En termes anatomiques, elle s'apparente à la déglutition. On peut donc parler de déglutition équestre.
Nous allons donc définir dans un premier temps la diduction puis nous aborderons ensuite pour ne pas confondre la cession de mâchoire.
La diduction est le mouvement effectué par le cheval qui mâche les aliments entre ses molaires.
C'est un mouvement de translation latéral (ou tiroir) vers la droite /gauche de la partie inférieure de la mâchoire. Cela demande un minimum d'ouverture de la bouche.
Lors du travail des flexions de mâchoire du cheval, on parle du cheval qui "donne sa bouche".
S'il ne le fait pas, le cheval a la "bouche muette", il serre les dents. Cela nous indique alors que les muscles masseters et temporaux sont tendus.
Dans ce cas impossible d'avoir le mouvement de diduction.
En ostéopathie on s'intéresse à une symétrie de la diduction car elle nous renseigne sur l'équilibre de l'ATM (articulation temporo mandibulaire). C'est ce qui influence une usure dentaire symétrique ou asymétrique. Cela influence directement les liens et les mécanismes physiologiques entre différentes structures anatomiques.
Un déséquilibre, une disymétrie entraîne un dysfonctionnement de la mobilité des structures en relation avec le "complexe de la mâchoire".
Cela va créer des tensions locales sur l'ensemble des structures crâniennes au niveau osseux et musculaire. Mais pas seulement ! Ce déséquilibre va avoir une influence à distance sur l'ensemble du corps du cheval notamment par le biais des chaînes myofasciales. Nous verrons plus loin que le crâne et l'ATM sont connectés anatomiquement tout le long du corps de la tête à la queue.
J'en profite pour faire un rappel important.
Le suivi de l'équilibre dentaire des chevaux est capital dès les premières années, justement pour veiller à conserver l'équilibre pendant la croissance. Attendre l'age adulte pour traiter une dissymétrie marquée va être bien plus difficile et long à régler.
Et de même, l'ostéopathie permet de vérifier l'équilibre fonctionnel mais ne règle pas un problème structurel. Donc, soyons logique et faites passer le dentiste avant l'ostéopathe !
Au delà des liens purement anatomiques et mécaniques, la zone de la mâchoire entretient un lien puissant avec l'état émotionnel et psychique de l'animal.
Cela ne concerne d'ailleurs pas uniquement les chevaux mais tous les mammifères. En prenant un temps d'observation de soi à différents moments de la journée, faites un état des lieux du tonus de votre ATM en relation avec "je serre ou non les dents".
La première chose que fait un cheval aux aguets, inquiet, "en mode stress" c'est de contracter sa mâchoire et donc ses masséters. C'est le premier indice concrêt d'une possible explosion qui peut se matéraliser par la fuite. Ce blocage de la mâchoire se sent nettement quand on est à cheval.
En tendant tout ses muscles, le cheval verrouille sa mâchoire. La relation avec la main du cavalier est alors interrompue.
Les écuyers dont François Baucher l'avaient bien compris. C'est la raison pour laquelle ils ont mis l'accent sur l'importance de "détruire" les résistances de la bouche...
Ce qu'il faut garder aussi à l'esprit en dehors d'une situation de fuite, c'est que la contraction des masséters est bien à la fois le point de départ d’un effort musculaire intense mais aussi le point d’arrivée de la non-décontraction.
Ainsi, le cheval au travail, que ce soit pour des raisons d'efforts ou de "stress" lors d'un apprentissage par exemple va verrouiller son ATM.
A retenir
- Le relâchement des masséters et des temporaux est un préalable à la diduction. Et leur contraction est le préalable à une action musculaire explosive.
- La flexion latérale (diduction) de la mâchoire n’est possible qu’avec l'ouverture de la bouche qui est ainsi décontractée.
- La diduction est donc une première étape vers la cession de mâchoire qui permet d'éviter le verrouillage des masséters.
C'est un préalable à la décontraction mais ce n'est pas uniquement cela qui la crée.
L'état émotionnel du cheval joue un rôle très important ici.
Un certain tonus des masséters est compatible avec la décontraction dans l'effort physique, mais sans tonus musculaire, c'est impossible !
- La diduction est contrariée avec l'emploi d'une muserolle serrée et / ou mal placée. De plus cela induit des tensions sur les différentes sutures entre les os du crâne ainsi qu'une flexion non physiologique de l’os nasal sur l’os frontal de par les compressions.
- Outre cet aspect, une muserolle mal employée pose d'autres problèmes physiques: une anoxie des muscles dilatateur des naseaux. Cela comprime également le menisque de l'articulation temporo-mandibulaire puisque la diduction est impossible.
- De plus d'un point de vue équestre, le matériel mal adapté contrarie les indications de la main et amplifie les erreurs de main du cavalier.
- Et enfin, en empêchant le mouvement de glissement latéral de la diduction, l'équilibre transversal de l'ATM n'est pas respectée. Cela va influencer directement l'ensemble de la posture du cheval.
- Plusieurs chaînes myofasciales partent de la mandibule, rejoignent le sternum puis se continuent le long du ventre jusqu’au pubis.
De par leurs insertions, on voit bien qu'elles créent des liens sur l'ensemble du corps du cheval. Cela permet de confirmer la synergie des chaînes dorsale et ventrale essentielle à la locomotion équine (cf schémas ci-dessous).
Parlons maintenant de la déglutition, appliquée à l'équitation, on l'appelle cession de mâchoire.
Comme nous l'avons vu, la diduction, "le cheval qui donne sa bouche en "est un préalable.
Commençons par quelques précisions anatomiques à propos de l'os hyoide et de la langue.
Sans entrer dans les détails, les études anatomiques montrent que l’os hyoïde est de formes diverses selon les espèces. Cet os se construit ainsi en relation avec l'environnement.
On en déduit qu'il est une pièce maîtresse de l’adaptation tant au niveau des fonctions organiques et locomotrices.
L'hyoïde est constitué d'une chaîne de cartilages. Ses mouvements influencent ceux de la langue, du larynx, et souvent, ceux de la mâchoire.
Lors de la déglutition, l'os hyoïde effectue un mouvement de bascule. Il se déplace d'abord vers le haut, puis vers l'avant, puis revient à la position de départ.
La langue est un organe tout aussi important en étroite relation avec l'hyoide. Elle est attrachée à l’os hyoïde par le processus lingual (zone d'insertions de nombreux muscles) et le muscle hyo-glosse.
Aujourd'hui, par ses composantes anatomiques, on sait que la langue se comporte comme une organe proprioceptif et tactile: de par sa diversité de mouvements, elle joue un rôle postural et locomoteur.
Il est également important de savoir que pour qu’un muscle soit efficace il doit être contenu par son fascia et plus le fascia est tendu dans ses limites physiologiques plus la contraction musculaire sera potentialisée.
Par ses connexions fasciales ventrales et dorsales, la bascule de l’hyoïde pendant la déglutition tend les chaînes fasciales de la musculature pelvienne et abdominale responsables de la protraction des postérieurs et de la flexion du bassin.
Le mécanisme est le suivant:
- Pendant la déglutition, le cycle respiratoire est rompu.
- Immédiatement après le passage du bol alimentaire dans l'œsophage, le cycle respiratoire reprend en général par une expiration.
- Alors le diaphragme se contracte avec les muscles abdominaux, le bassin se fléchit (rétroversion) et le diaphragme pelvien (muscle du périnée) se détend.
On peut en déduire que la bascule de l’hyoïde est le premier signal anatomique du mécanisme: déglutition / expiration / contraction abdominale / flexion du bassin .




Il est intéressant de constater que des écuyers célèbres avaient perçu comment utiliser ce mécanisme pour favoriser l'équilibre et la locomotion des chevaux.
- Selon François Baucher ;
Les contractions s’étendent à tout le système musculaire et dérègle les allures.
En principe, il n'y a pas d'encolure résistante avec une mâchoire moelleusement mobile.
- Pour Etienne Beudant ;
"Comment les personnes qui s'occupent d’équitation n'ont-elles pas observé de plus près l'intimité qui règne entre toutes ces parties ?... Pourquoi ne parle-t-on jamais de la contraction de l'encolure, d'où découlent toutes les résistances ?".
Pour le Général Decarpentry ;
"Lorsque le cheval est « juste » sur la main, la cession de mâchoire, se présente sous la forme suivante: l’encolure et la tête ne modifient en rien leur position. La mâchoire s’entrouvre sans brusquerie, tandis que la langue remonte un instant par un mouvement analogue à celui de la déglutition, pour revenir ensuite à sa place normale, en même temps que la mâchoire se referme sans claquement de dents, ni de lèvres."
"Lorsqu’elle se produit ainsi, la cession de mâchoire est le signe apparent de la légèreté parfaite, et la preuve de l’exacte adaptation de l’équilibre du cheval, et de son impulsion, à l’allure et au mouvement demandés."
Pour le Général L’Hotte ;
« Le ramener tel que le comprend la haute équitation ne se concentre pas dans la position de la tête. Il réside tout d’abord dans la soumission de la mâchoire, qui est le ressort recevant l’action de la main. Si ce ressort répond avec moelleux à l’action qui sollicite son jeu, il entraînera la flexibilité de l’encolure et provoquera le liant des autres ressorts, par suite de la corrélation qui existe instinctivement entre toutes les contractions musculaires.
Que retenir du mécanisme de la cession de mâchoire ?
- Les actions du mors sur la langue provoque son retrait vers le gosier.
Ce mouvement est analogue à celui de la déglutition, et il est vertueux seulement s’il s’opère librement.
Dans le cas contraire, l'effet du mors va provoquer au minimum la contraction de la nuque.
Si cela va plus loin, cela peut engendrer une entrave totale à la déglutition et donc nuire à l'oganisme entier avec sa cohorte d’effrets négatifs (respiration, posture, etc.).
- La langue du cheval luipermet de s’équilibrer dans l’espace.
- L’os hyoïde articule la langue au crâne et aux fascias du corps.
- La langue du cheval en s’appuyant sur son palais peut servir à l’effort
musculaire en renforçant le tonus.
- La déglutition est précurseur d’une tension / gainage de la ligne du dessous en même temps que d’une expiration.
- L’hyoïde se repositionne correctement à l’expiration en même temps que la
ligne du dessous se tend.
- Idéalement, pour être synchroniser avec la déglutition, l’action de main se fait en fin d’inspir et l’action de jambes en fin d’expiration.
- L’utilisation d’un mors bien adapté à la bouche du cheval et bien réglé est un paramètre à prendre en compte pour optimiser le mécanisme de la cession de mâchoire.
Selon les chevaux, les bouches ont des conformations et des sensibilités individuelles. Certaines bouches laissent plus où moins de place pour le mors. La langue peut être est plus ou moins épaisse, sensible ou "bavarde". Les barres sont également plus ou moins sensible selon les chevaux. Avec le lampas de certains chevaux en croissance, le palais occupe davantage de place dans la bouche. L'observation de la conformation de la bouche permet ainsi d'opter pour une taille, un volume ou une forme adapté à la bouche du cheval pour faciliter la relation main-bouche.
- Le réglage de la têtière / frontal a aussi son mot à dire car sa place est situé sur l'articulation entre la tête et la première cervicale d'où émergent les nerfs crâniens. trop serrée, cela peut comprimer la zone et générer de l'inconfort et de la sensibilité.
- Toute action de la main ou harnachement visant à maintenir la nuque fléchie
par pression sur la langue est contre physiologique.
Ce sujet est vraiment intéressant pour développer une relation harmonieuse entre le cavalier et le cheval. L'anatomie permet de mesurer et de mettre en relation des points clés pour le cavalier. Il y a matière à développer davantage ce sujet pour comprendre et optimiser la posture, la locomotion, la décontraction et la relation entre la main du cavalier et la bouche du cheval...
Quelques sources bibliographiques:
- Docteur vétérinaire Alexandre Chichery: la diduction et la déglutition
- Xe Colloque de l’Ecole Nationale d'Equitation à Saumur, le 16 juin 2007.